Depuis le milieu des années 70, l’activité des femmes a progressé : en 2008, 83% des femmes âgées de 25 à 49 ans étaient actives (en emploi ou au chômage) contre 60% en 1975. Durant la même période, le taux d’activité des hommes de ces âges a baissé de deux points, passant de 97% à 95%.
Si l’augmentation globale du taux d’activité des femmes de 25 à 49 ans peut s’expliquer par la baisse du nombre moyen d’enfants par femme, cette évolution cache cependant des disparités selon les âges et le nombre d’enfants. Entre 25 et 34 ans, le taux d’activité des femmes de ces âges progresse de 1975 jusqu’au milieu des années 1990 où il atteint 80% (voir graphique) avant de se stabiliser lors de l’élargissement de l’allocation parentale d’éducation (APE) : attribuée jusqu’aux 3 ans de l’enfant à compter de la troisième naissance de 1985 à 1994, l’APE est attribuée dès la naissance du deuxième de 1994 à 2003. En 1997, 300 000 mères de deux enfants bénéficient de la mesure (40% des mères potentiellement concernées) et selon les études menées sur le sujet entre 100 000 et 150 000 mères ne se seraient pas arrêtées de travailler à la naissance de leur deuxième enfant en l’absence de réforme. L’APE a été remplacée par le complément de libre choix d’activité (CLCA), attribué dès le premier enfant depuis le 1er janvier 2004.
Génération après génération, un certain nombre de femmes continuent ainsi à se retirer du marché du travail lors de la naissance de leurs enfants : c’est le cas actuellement de 12% des femmes lors d’une première naissance, 18% après la deuxième et 43% après la troisième. Après 35 ans, et alors que les enfants ont grandi et vont à l’école, les femmes reprennent le chemin du marché du travail et leur taux d’activité ré-augmente. Le taux d’activité des femmes âgées de 35 à 49 ans est actuellement de 84% ; il était de 58% en 1975. Les femmes de ces âges sont maintenant plus en activité que celles nées ensuite. Alors que dans les années 1970, les femmes jeunes se sont massivement portées sur le marché du travail et continuent de le faire maintenant qu’elles ont atteint la quarantaine, les femmes jeunes qui arrivent depuis quinze ans sur le marché du travail se retirent actuellement plus facilement de celui-ci au moment de la maternité. L’activité des femmes dépend ainsi fortement de leur nombre d’enfants et de leur âge : ainsi, 90% des femmes sans enfant sont en activité (94% des hommes) alors qu’elles ne sont que 43% dans ce cas quand elles ont au moins trois enfants dont le plus jeune a moins de trois ans (96% des hommes). Ces tendances ne sont pas constatées pour les hommes pour qui le taux d’activité est stable quels que soient l’âge et le nombre d’enfants.

En activité, les femmes âgées de 25 à 49 ans sont également plus souvent au chômage que les hommes : en 2008, 6,3% des femmes actives de ces âges étaient au chômage contre 5,5% des hommes. Et leur condition d’emploi ne sont également pas les mêmes : les femmes occupent plus souvent des emplois précaires (10% contre 7% des hommes) et travaillent plus à temps partiel (30% d’entre elles contre 4% des hommes entre 30 et 49 ans). Là aussi, l’arrivée d’un troisième enfant a un impact : quand elles restent en emploi, les mères diminuent alors de deux heures en moyenne leur activité.
Entre 39 et 49 ans, les hommes gagnent en moyenne 27% de plus par heure que les femmes. Hors, la montée du niveau d’éducation des femmes aurait dû déboucher sur une forte réduction des inégalités salariales, voire leur inversion. En effet, selon les théories usuelles sur la formation du salaire individuel, ce dernier dépend à la fois de l’éducation et de l’expérience professionnelle. La persistance de cette discrimination pourrait alors être due aux enfants. Pour tester cette hypothèse, un article récent de l’OFCE décompose cet écart en deux :
Dans un premier temps, les salaires horaires sont comparés entre les femmes âgées de 39 ans à 49 ans n’ayant pas interrompu leur activité professionnelle (qu’elles aient ou non eu des enfants) et celles du même âge ayant interrompu leur activité pour s’occuper de leurs enfants (42% des femmes de ce groupe d’âge). Comparer les salaires entre femmes de plus de 39 ans ayant ou n’ayant pas eu d’enfants aurait eu peu de sens. Seule une part très faible des femmes de ces âges (10%) restent sans enfant et celles-ci présentent des caractéristiques individuelles et professionnelles atypiques par rapport aux autres femmes (parcours conjugaux plus heurtés et plus diplômées et plus qualifiées).
En moyenne, le salaire des premières est plus élevé de 23% que celui des secondes. 84% de cet écart peut s’expliquer par des caractéristiques observables. La moitié provient des interruptions d’activité liées aux enfants : les femmes dans ce cas ont ainsi accumulé moins d’expérience professionnelle et il existe un effet spécifique négatif sur la rémunération des années passées à s’occuper des enfants. Le reste de l’écart de salaire entre les deux groupes s’explique par les niveaux de diplômes et les conditions d’emplois. Enfin, le nombre d’enfants joue relativement faiblement, si ce n’est à travers les comportements d’activité (les femmes se retirant du marché du travail ayant en moyenne plus d’enfants que les autres).
Dans un deuxième temps, les écarts de salaire horaire sont mesurés entre les femmes n’ayant pas interrompu leur activité et l’ensemble des hommes, en se limitant aux 39-49 ans. Dans ce cas, et alors même que les femmes de cette catégorie sont plus diplômées, ont la même expérience professionnelle et un peu plus d’ancienneté dans l’emploi, les hommes perçoivent en moyenne 17% de plus que les femmes. Et 69% de cet écart n’est pas expliqué par des caractéristiques individuelles ou professionnelles observables. Deux interprétations peuvent être avancées alors. D’une part, les femmes ayant des enfants tout en continuant de travailler seraient moins tentées de s’investir en termes horaires et intellectuels dans leur emploi. Mais cette explication ne semble pas confirmée : une fois pris en compte heures supplémentaires et horaires décalés, les différences de salaire inexpliquées subsistent. Une autre explication serait plus liée à la « discrimination statistique » : les employeurs seraient réticents à augmenter des personnes qu’ils supposeraient, parce qu’ils l’ont observé dans le passé, moins tentées de s’investir dans l’entreprise.
Sources :
D. Meurs, A. Pailhé et S. Ponthieux, «Enfants, interruptions d’activité et écart de salaire entre les sexes», in les discriminations entre les hommes et les femmes, Revue de l’OFCE n° 114, Juillet 2010.
C. Minni et J. Moschion, «Activité féminine et composition familiale depuis 1975», Dares Analyses, n° 27, mai 2010