Résumé de la thèse présentée par Roméo Fontaine

Le soutien familial aux personnes âgées dépendantes
Analyses micro-économétriques des comportements individuels et familiaux de prise en charge.

Thèse de sciences économiques de l’Université Paris-Dauphine
sous la direction d’Agnès Gramain et Jérôme Wittwer

 

Face au vieillissement de la population, l’augmentation attendue de la demande de soins de longue durée pose la question du rôle que nos sociétés souhaitent confier aux familles dans la prise en charge des personnes âgées dépendantes. La connaissance des mécanismes familiaux de prise en charge est de ce point de vue essentielle pour nourrir la réflexion sur le partage entre solidarités collectives et solidarités familiales : comment les familles s’organisent-elles pour produire des soins de longue durée ? A quelles logiques individuelles et familiales répondent les comportements d’aide ? Comment réagit la « PME familiale » aux soutiens apportés par la collectivité ?

Nous adoptons une approche micro-économétrique et construisons notre réflexion autour de trois objets d’études : (i) l’articulation des comportements d’aide au sein de la famille, (ii) l’arbitrage individuel entre offre d’aide informelle et offre de travail et enfin (iii) l’incidence des aides publiques sur le soutien familial.

En termes de politiques publiques, trois résultats majeurs se dégagent des analyses proposées. Premièrement, la mise en évidence d’une interdépendance des comportements d’aide au sein de la famille conduit à requestionner l’idée d’une diminution programmée de l’aide informelle. Deuxièmement, la réduction de l’offre de travail au-delà d’un certain volume d’aide pointe les limites d’une politique publique visant à la fois l’augmentation de l’activité des seniors et le maintien à domicile des populations les plus âgées. Enfin, le recours aux aides publiques de prise en charge induit un effet d’éviction relativement modeste de l’aide familiale.

 

 

Résumé du prix de Mémoire présentée par Simon Rabaté

Durée de carrière et durée de vie en retraite : quel partage des gains d'espérance de vie ?

Mémoire de Master 2 "Politiques publiques et développement", Ecole d'Economie de Paris sous la direction de Patrick Aubert et Didier Blanchet

 

Dans ce document, nous utilisons le modèle de microsimulation dynamique DESTINIE développé par l’INSEE pour étudier l’évolution, au cours du temps, du rapport entre la durée passée en carrière et la durée passée en retraite.

La loi de 2003 portant réforme des retraites fixe pour objectif le maintien constant au cours du temps de ce rapport, au nom de l’équité intergénérationnelle, et prévoit une règle d’augmentation de la durée d’assurance nécessaire pour obtenir le taux plein, à mesure que l’espérance de vie augmente. Le but de ce mémoire est de mettre en perspective cette réforme, en interrogeant la validité de son principe, tout en confrontant cet objectif de pérennité du rapport entre durée passée à travailler et durée passée en retraite aux évolutions obtenues dans nos projections.

Nous cherchons tout d’abord à expliciter les normes d’équité sous-jacentes envisageables, pour le principe de maintien constant du rapport entre durée travaillée et durée de retraite. Nous trouvons que ce principe peut s’argumenter, soit à partir d’une égalisation des taux de rendements internes du régime de retraite entre les générations, soit à partir de l’égalisation du droit au repos d’une génération à l’autre.

Puis nous simulons, à l’aide du modèle Destinie2, des scénarios de départ en retraite pour les générations nées de 1943 à 1980, pour étudier l’évolution sur le long terme du rapport ciblé par la loi de 2003. Les simulations montrent que l’objectif de pérennité du rapport entre la durée passée en carrière et la durée passée en retraite n’est pas atteint. L’équité entre les générations, au sens de l’égalité de ce rapport d’une génération à l’autre, n’est donc pas réalisée. L’identification des générations favorisées ou défavorisées dépend du sens que l’on assigne à la notion de carrière, et les différences entre les hommes et les femmes sont très marquées.

Ce sont globalement les générations les plus récentes qui sont favorisées du point de vue du partage du cycle de vie entre travail et retraite : le ratio entre durée travaillée et durée en retraite tend à baisser au cours du temps. Mais la mise en place de la réforme de 2010 et le relèvement des paramètres d’âge du système de retraite modifient sensiblement l’analyse, les générations les plus défavorisées étant celles qui subissent la montée en régime de la loi (générations nées au début des années 1950) et celles de fin de projection dans le cas des hommes.

L’allongement de la durée d’assurance pour l’obtention du taux plein est donc un levier qui ne permet d’influer qu’imparfaitement sur l’âge moyen de départ en retraite. Par conséquent, cette règle ne suffit pas à assurer un partage des gains d’espérance de vie qui maintiendrait constant le rapport entre la durée de carrière et la durée de retraite, et préserverait l’équité entre les générations, au sens de la loi de 2003. Cependant, l’impact direct de l’augmentation de la durée d’assurance cible est important en projection, et la réforme a pour effet de limiter la croissance de la durée de retraite, relativement à la durée de carrière, que l’on aurait observée en l’absence de réforme. 

Prix 2014 Prix 2012