13.04.2018

Démographie et retraite

L’équilibre de nos régimes de retraite dépend largement de l’évolution de notre démographie, évolution sur laquelle Gilles Pison et Gérard-François Dumont apportent deux éclairages complémentaires. Une étude allemande confirme l’influence du système de retraite sur la natalité. Jacques Bichot plaide pour un lien entre retraite et investissement dans l’éducation.

Dans le numéro 553 de mars 2018 de Population & Sociétés  Gilles Pison[1] relève « quatre surprises démographiques en France depuis cinquante ans ». Deux d’entre elles ont une incidence sur l’équilibre des régimes de retraite :

« L’accroissement formidable de l’espérance de vie » à la naissance qui a augmenté de onze années en cinquante ans, passant de 71,5 ans en 1967 à 82,5 ans en 2017 soit un trimestre gagné tous les ans en moyenne. Le rythme a toutefois ralenti et n’est plus que de deux mois par an en moyenne depuis 2010. Alors que l’accroissement de la longévité provenait essentiellement de la réduction très rapide de la mortalité infantile après la guerre, il provient maintenant de la réduction de la mortalité des adultes aux âges élevés. D’abord favorable à l’équilibre des régimes de retraite, cette évolution est devenue défavorable, sauf à repousser en proportion la fin de la vie active.

Environ deux enfants par femme depuis la fin du baby-boom, mais à un âge de la mère de plus en plus élevé, 30,7 ans en moyenne en 2017 contre 26,5 ans en 1977. La fécondité déclinant rapidement avec l’âge, Gilles Pison estime que ce report de l’âge atteindra rapidement ses limites physiques.

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De son côté, Gérard-François Dumont souligne, dans le numéro 737 de mars-avril 2018 de Population & Avenir, la baisse continue du nombre de naissances en France métropolitaine depuis 2015 et s’interroge sur ses causes. Il écarte plusieurs explications :

- la crise économique, particulièrement forte de 2008 à 2014, n’a pas entraîné de baisse de la fécondité à la différence d’autres pays européens,

 - le report par les couples du calendrier des naissances, phénomène très net dans les décennies précédentes, ne joue plus qu’un rôle réduit.

La diminution des  mariages n’a plus d’incidence sur la natalité. C’est la troisième « surprise » soulignée par Gilles Pison : la France est passée de 6 % de naissances hors mariage en 1966 à presque 60 % (58,5 % en 2016)[2].

Reste la forte réduction de la politique familiale sous le précédent quinquennat : diminution du complément de mode de garde, gel des allocations familiales, fort abaissement du plafond du quotient familial, mise sous condition de ressources des allocations familiales[3], baisse des dotations de l’Etat aux collectivités territoriales se traduisant par la diminution des créations de nouvelles places de garde, allant à l’encontre du discours européen sur la conciliation vie professionnelle-vie familiale et des promesses politiques (50 000 places créés pendant le quinquennat contre 275 000 promises).

L’abandon de la politique familiale ne contribue pas à l’équilibre futur des régimes de retraite. Pourtant, de ce point de vue, et contrairement à l’idée reçue, la situation démographique française n’est guère meilleure que celle de nombreux autres pays européens. En effet, le baby-boom français, particulièrement vigoureux, entraîne un papy-boom également très vigoureux. Les générations récentes, environ 750 000 naissances pour une population métropolitaine proche de 64 millions contre 878 000 pour une population de 48 millions d’habitants en 1964, point culminant du taux de fécondité, devront faire face aux générations nombreuses du papy-boom dont les décès ont été compensés par  l’immigration et dont la longévité a considérablement augmenté.

Inversement, les systèmes de retraite influencent-ils la natalité ? On peut penser que l’existence des régimes de retraite délivre les individus de la crainte de vieillir sans enfants et les incite donc moins à assurer leur descendance, reportant le problème de leurs vieux jours sur la collectivité[4].

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Une étude du Centre de Rostock pour l’étude des changements démographiques publiée en octobre dernier conclut que la baisse de la natalité consécutive à l’instauration dans l’Empire allemand par le chancelier Bismarck du premier modèle de sécurité sociale à la fin du XIXème siècle ne relève pas de la pure coïncidence.   

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Conscient de ce problème, l’économiste Jacques Bichot a toujours plaidé pour lier retraites et investissement dans la famille et l’éducation. Dans le numéro de mars-avril de la revue Futuribles, il propose d’attribuer « un certain nombre de points de retraite pour chaque enfant élevé durant une année ou fraction d’année »

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[1] Gilles Pison, professeur au Muséum national d’histoire naturelle et chercheur associé à l’Institut national d’études démographiques, a participé à la Lettre de l’Observatoire des Retraites consacrée aux retraites dans le monde. 

[2] La quatrième et dernière surprise est le succès du pacs qui fait maintenant presque jeu égal avec le mariage.

[3] L’auteur remarque que « la même décision prise en 1998 avait été remisée au bout de neuf mois, notamment face au mécontentement exprimé au sein de la gauche plurielle, notamment par le parti communiste ».

[4] Les majorations pour enfants adoptés par les régimes de retraite répondent au souci de justice de compenser la difficulté pour les parents chargés d’enfants d’épargner pour leurs vieux jours. 

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